Titre

Skåål

Auteur Thierry Lebourg  
Éditeurs Tilsit  
Tilsit - Tilsit Collection  
Année 2004
Joueurs 3 à 6
Public enfants, ados, adultes
Durée 1 h
Thème fantastique
Emplacements étagères du rayon S, jeu commençant par S, rayon S
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Il est vraiment très difficile de résumer Skåål (prononcer « skeûl ») à une simple note ou à un nombre de .

Bien que je ne lui aie attribué aucun , je continue à penser que Skåål est excellent. Mais il souffre malheureusement de défauts importants dont certains, heureusement, pourraient être corrigés lors d'une future édition.

Commençons par le matériel. Les dessins de François Bruel sont très agréables, et les sculptures de Johann Aumaitre vraiment jolies. Mais les figurines sont si petites et instables qu'on a du mal à les voir sur la carte, elle-même beaucoup trop chargée et vive. S'il ne s'agissait que de regarder un beau dessin, on serait heureux. Mais ce dessin est un plan de jeu, et il nuit plus qu'il ne bénéficie à la lisibilité. Les pépites, enfin, sont nombreuses mais vraiment trop petites. En plus, elles ne sont même pas en or véritable !

Oublions le matériel et passons au jeu proprement dit.

Si je vous dis que dans Skåål, vous allez diriger des nains qui cherchent de l'or et boivent de la bière, vous allez vous attendre à un jeu d'ambiance. Détrompez-vous. Il s'agit d'un jeu de réflexion, pratiquement dénué de hasard, où chaque décision est importante.

Skåål souffre des mêmes défauts et qualités que le bridge ou le go. Entendez par là que si les règles en sont éminemment simples, les possibilités s'en trouvent du coup très nombreuses, et il faudra de nombreuses parties à la plupart des joueurs pour comprendre les traquenards courants, et ne pas transformer le jeu en une pénible corvée.

Ce que je vais dire maintenant ne concerne que les gens n'ayant jamais joué à Skåål. Les premières fois sont éprouvantes pour une moitié de la table (constat après une demi-douzaine de parties). Dans ce jeu, la moindre erreur est fatale, et il n'est pas rare qu'au bout de cinq minutes, un joueur ne s'aperçoive de deux choses très désagréables : il ne pourra plus gagner, et il lui reste cinquante-cinq minutes à jouer ! Le problème souvent évoqué des guerres de tavernes mérite d'être expliqué.

Un joueur qui se trouve majoritaire au début de son tour, dans une région, peut y installer une taverne. Par la suite, il touchera autant de points de victoire que de nains étrangers présents dans cette région. Il arrive donc souvent qu'une bagarre de tavernes s'installe dans une région. Alfred possède deux nains et voit que Béatrice en a trois. S'il n'en rajoute pas, Béatrice va installer une taverne, et Alfred lui fera rapporter deux points par tour. Donc, il ajoute un nain… et Béatrice fera de même ! Lorsque Alfred se rendra compte de sa bévue et décidera de cesser le combat, il aura installé, disons cinq nains. Béatrice créera sa taverne. À chaque tour, Alfred lui fera rapporter cinq points et s'il est vrai que ses nains pourront continuer à ramasser l'or trouvé, ils ne pourront plus creuser. Autant dire qu'Alfred n'a qu'une hâte : retirer ses cinq nains de cette région maudite. Mais il lui faudra pour cela cinq tours ! Pendant lesquels il ne gagnera rien, tandis que Béatrice gagnera 5+4+3+2+1 points (je vous laisse faire l'addition, je suis fatigué). À ce stade, Alfred sait qu'il a perdu. Béatrice est favorite pour gagner tant son avance est considérable. Et pourtant elle n'a rien fait d'autre que de profiter d'une erreur d'Alfred, ce qui agace grandement Célimène, Dorian, Elysée et Fiona !

Car le problème, dans Skåål, c'est que si vous faites une erreur, vous allez perdre irrémédiablement, et qu'un autre joueur va gagner, qui n'aura pas pour autant bien joué.

Le jeu semble donc réservé à des groupes de joueurs qui se rencontrent souvent, qui ont essuyé ensemble plusieurs parties d'apprentissage, et qui pourront enfin découvrir ses subtilités. Car Skåål est vraiment doté de mécanismes d'une extraordinaire simplicité, et qui enchantera les joueurs aguerris. Le problème sera de surmonter les premières parties ratées, et d'avoir envie d'y rejouer. Et le problème de Skåål, c'est que trop de jeux sont attrayants dès la première partie, et que les joueurs sont aujourd'hui habitués à être séduits d'emblée.

Je reprends l'analogie avec le bridge. Le bridge est génial entre habitués, mais combien pénible pour l'apprenti ! Skåål, c'est pareil… d'où l'absence de . Et pourtant j'apprécie autant l'auteur que les illustrateurs ou l'éditeur Mais il est de mon devoir de ne pas tromper les lecteurs qui me font confiance.

Mon conseil sera donc non pas d'essayer le jeu, mais de l'emporter en vacances. Skåål est un jeu profond, à éviter si vous jouez en dilettante. Si vous décidez de vous y adonner, après quelques parties, vous devriez prendre un réel plaisir à ce jeu subtil, simple mais complexe. Un titre à réserver aux cercles d'habitués.

Ah oui ! Une dernière chose : le Dr. Mops (nom d'auteur indiqué sur la boîte), il n'est même pas docteur pour de vrai ! Heureusement que l'Escale à jeux est là pour vous informer !

Explication de : Skåål vaudrait deux entre joueurs connaissant bien les méandres du jeu. Mais il provoque un rejet catégorique chez d'autres, qui ne supportent pas son aspect « kingmaker » (je vais perdre, mais je peux décider qui va gagner). De cette moyenne, je soustrais un à cause du caractère illisible du tablier. Le compte est bon.

Bibliographie

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François Haffner
Paul Lequesne
avant 2009